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Et vous qui dites-vous que je suis ?

Publié le mardi 7 juillet 2009

Textes de base :

Matthieu16 : 13 à 23 Marc6 : 14 à 16 Marc 8 : 27 à 33 Luc 9 : 18 à 32

Matthieu 16 : 13 Jésus, arrivé sur le territoire de Césarée de Philippe, posa cette question à ses disciples : Au dire des gens, qui suis-je, moi, le Fils de l’homme ? 14 Ils répondirent : Les uns disent Jean-Baptiste ; d’autres, Élie ; d’autres, Jérémie, ou l’un des prophètes. 15 Mais vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? 16 Simon Pierre répondit : Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. 17 Jésus reprit la parole et lui dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. 18 Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle. 19 Je te donnerai les clefs du royaume des cieux : Ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. 20 Alors il recommanda sévèrement aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ. 21 Jésus commença dès lors à montrer à ses disciples qu’il lui fallait aller à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, être mis à mort et ressusciter le troisième jour. 22 Pierre, le prit à part et se mit à lui faire des reproches en disant : A Dieu ne plaise, Seigneur ! Cela ne t’arrivera pas. 23 Mais Jésus se retourna et dit à Pierre : Arrière de moi, Satan ! Tu es pour moi un scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

Marc 27 Jésus s’en alla, avec ses disciples dans les villages de Césarée de Philippe, et en chemin, il leur posa cette question : Les gens, qui disent-ils que je suis ? 28 Ils dirent : Jean-Baptiste ; d’autres, Élie ; d’autres, l’un des prophètes. 29 Mais vous, leur demanda-t-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répondit : Tu es le Christ. 30 Jésus leur recommanda sévèrement de ne dire à personne ce qui le concernait. 31 Il commença alors à leur apprendre qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite trois jours après. 32 Il disait ces paroles ouvertement. Et Pierre le prit à part et se mit à lui faire des reproches. 33 Mais Jésus se retourna, regarda ses disciples, fit des reproches à Pierre et lui dit : Arrière de moi, Satan, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.

Luc 9 : 18 Un jour que Jésus priait à l’écart et que ses disciples étaient avec lui, il leur posa cette question : Les foules, qui disent-elles que je suis ? 19 Ils répondirent : Jean-Baptiste ; d’autres, Élie ; d’autres un des anciens prophètes ressuscité. 20 Mais vous, leur dit-il, qui dites-vous que je suis ? Pierre répondit : Le Christ de Dieu. 21 Jésus leur recommanda sévèrement de ne le dire à personne. 22 Il ajouta qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu’il soit mis à mort et qu’il ressuscite le troisième jour. 23 Puis il dit à tous : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge chaque jour de sa croix et qu’il me suive. 24 Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la sauvera. 25 Et que sert-il à un homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? 26 En effet quiconque aura honte de moi et de mes paroles, le Fils de l’homme aura honte de lui, quand il viendra dans sa gloire et dans celle du Père et des saints anges. 27 Je vous le dis en vérité, quelques-uns de ceux qui se tiennent ici ne goûteront point la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu.

Ces textes comportent quatre éléments attirent notre attention : 1. le contexte évangélique 2. la première question de Jésus à ses disciples 3. la deuxième question de Jésus à ses disciples 4. la réponse de Pierre

1 / Le contexte de nos textes :

Notons tout d’abord le fait assez rare que ce soit Jésus qui pose une question à ses disciples, alors que dans presque tous les textes évangéliques c’est lui qui est interrogé. Ensuite une variante parmi les trois récits attire notre attention. Marc et Matthieu parlent d’un mouvement et d’un lieu, pas Luc.

Matthieu : « … arrivé sur le territoire de Césarée de Philippe… » Marc : « Jésus s’en alla avec ses disciples dans les villages de Césarée de Philippe… »

Point de départ , la piscine de Bethsaïda , au bord du lac de Génésareth et remontée vers le Nord, environ 30 à 40 km , à parcourir à pied. Et Marc dit : « En chemin… » Nous sommes dans une zone très aride où il n’y pas beaucoup d’habitants. Ils sont donc tranquilles

Luc dit : « Un jour que Jésus priait à l’écart et que ses disciples étaient avec lui… » Pas de lieu donné mais la nécessité d’être à l’écart, tranquille, loin des foules pour aborder ces questions. Luc y ajoute un détail spirituel non négligeable : « Jésus priait ». Ces question à poser ne sont pas anecdotiques, anodines, ne relèvent pas des circonstances du récit. Jésus a attendu un moment précis de son ministère, un temps particulier et un lieu approprié. Toutes les interrogations ne sont pas bonnes à poser tout le temps.

2/ La première question de Jésus :

Elle est comme le première étage de la fusée ; elle conditionne la suite. Marc et Matthieu nous disent : « Au dire des gens, qui suis-je ? » ( c’est le mot « hommes, « humains » qui est employé dans le texte original) Luc dit : « Au dire des foules, qui suis-je ? »

Jésus veut savoir de la bouche de ses disciples ce que les témoins anonymes (hommes, gens , foules) de son ministère pensent de lui. Il y a là une différence : c’est l’avis des humains, des hominidés pourrait-on dire, donc d’une race terrestre, une foule, soit quelque chose d’anonyme, de banalisé.

Les disciples répondent trois choses distinctes qui sont la pensée commune de la foule. Là, ils parlent tous. La foule a aussi interpellé Hérode comme le montre le texte de Marc 6 ;

Marc 6:14 Le roi Hérode l’apprit ; en effet le nom de Jésus devenait célèbre et l’on disait : Jean-Baptiste est ressuscité d’entre les morts et c’est pour cela qu’il a le pouvoir de faire des miracles. 15 D’autres disaient : C’est Élie ; et d’autres disaient : C’est un prophète comme l’un des prophètes. 16 Mais Hérode en apprenant cela disait : Ce Jean que j’ai fait décapiter, c’est lui qui est ressuscité.

Reprenons les trois personnages qui sont évoqués :

· Jean le Baptiste : c’est un contemporain, donc le plus connu. Or Jean a été décapité sur ordre d’Hérode le tétrarque justement (voir le récit de cette exécution dans la suite de Marc 6). Il est toujours rassurant de se référer à du connu, à du réel et de l’explicable. Or, il y a le délicat problème des miracles : Jean ne guérissait pas. Ce serait donc sa résurrection qui lui aurait donné le pouvoir d’accomplir des miracles.

· Elie : il reste le prophète le plus grand et le plus puissant, celui qui a accompli de nombreux prodiges (voir 1 Rois 17 jusqu’à 2 Rois 2 :11) et n’a pas connu la mort. Toute référence au surnaturel passe donc par lui. La foule identifie donc Jésus à ce qui existe de plus puissant en Israël.

· Un prophète parmi les prophètes : (Mrc 6 :15) ou « Un des anciens prophètes qui s’est relevé » (Luc 9 :19). Ici se trouve la référence la plus floue et aussi la plus faible en puissance des trois. Jésus est un parmi d’autres dans cette interprétation.

Ce qui est frappant dans ces trois réponses, c’est qu’à chaque fois la mort est vaincue. Le caractère unique de Jésus est le fait que la mort ne l’a pas gardé. En Israël à cette époque, cette croyance ne pose pas problème ; le peuple vit avec le surnaturel de Dieu dans les récits des Livres bibliques.

Aujourd’hui posons la question à notre foule : « Qui dit-on qu’est Jésus ? « 

Nous aurons des réponses également variables : · L’athée militant : pour les plus irréductibles, Jésus est une invention pure et simple des Evangélistes et de l’Eglise.

· La masse de nos contemporains : Jésus est un sage, dans la lignée de Socrate, Bouddha ou Confucius.

· Les élites les plus cultivées : elles le voient comme un penseur, un philosophe (« Le Christ philosophe » de C. Lenoir) ou un révolutionnaire.

Presque tous buteront sur l’incroyable : le rapport de Jésus à la mort et sa résurrection. Nous voyons bien que le contexte historique et culturel est capital pour répondre à cette question. Nos sociétés occidentales ont posé la raison en règle absolue. Or la résurrection (et la naissance de Jésus) ne sont ni raisonnables ni rationnelles. D’autres sociétés contemporaines, comme celles d’Afrique ou du Grand Nord auraient un autre accueil, plus spiritualiste.

Quand Jésus pose cette question, il est clair qu’il connaît la réponse. Ce qui l’intéresse, me semble-t-il, c’est la réponse des disciples, fils du peuple, les plus aptes à recueillir ces impressions.

3/ La deuxième question de Jésus :

c’est le but de cet entretien. La première question ne sert qu’à amener celle-ci. « Et pour vous, qui suis-je ? »

Par cette question, Jésus veut savoir ce que ceux qui marchent avec lui ont saisi. La lecture du début des Evangiles ne laisse pas beaucoup de doute : les disciples ont du mal à comprendre. D’abord parce qu’ils ne sont pas versés dans les Ecritures, ce sont des travailleurs manuels, des hommes simples. Ensuite parce qu’ils sont le produit de la religion juive et de sa vision messianique particulière. Et pourtant, ils le suivent !… Nous les trouvons souvent perplexes, parlant entre eux de leurs incompréhensions…Ils ont cependant fait un acte de foi initial en le suivant, en laissant leurs barques et leurs métiers…

Pour suivre Jésus, il n’est pas demandé de tout comprendre. Il est demandé de se mettre en marche à son appel. Mais quand les disciples ont vécu plusieurs mois aux côtés de Jésus, sa question est légitime. Elle a un sens précis : « La foule me voit comme Jean, Elie ou un quelconque prophète, mais vous, mes amis, mes fidèles qui mangez , dormez, mangez avec moi, vous, que pouvez-vous dire aujourd’hui, dans cet endroit tranquille où aucun espion de la synagogue ou des Romains ne risque de vous dénoncer ? Qu’avez-vous compris ? »

La question d’adresse bien sûr à nous. Le culte est cet endroit tranquille, retiré de la foule quotidienne. Quelque soit notre temps de marché aux côtés de Jésus, il nous adresse la question :

« Et pour toi, qui suis-je ? »

« Et pour vous, Eglise de Pessac, qui suis-je ? »

4/ La réponse :

En fait comme dans toute démarche juive, la réponse importe moins que la question. Alors qu’en Occident, en France, nous ne prêtons souvent pas beaucoup attention aux questions, ce que nous aimons, ce sont les réponses.

Voici deux citations tirés de deux livres du Rabbin Marc-Alain Ouaknin, par ailleurs docteur en philosophie.

« La question surgit pour déranger l’être dans sa quiétude, dans l’évidence du « tout est normal », dans le fait de considérer que « tout est réglé » » tiré de « C’est pour cela qu’on aime les libellules »

« Or toute suspension de jugement, même et surtout celle de préjugés, a, du point de vue logique, la structure d’une question. L’essence de la question est d’ouvrir et de laisser ouverte des possibilités. L’ouverture de ce qui est demandé réside dans le caractère non fixé de la réponse. La chose demandée doit rester en suspens. » Tiré de « Le livre brûlé »

Jésus pose une question de Juif à d’autres Juifs, donc des gens habitués à ce mode de pensée, qui est tout en « questions-réponses », appelée la Mahloquet. La question n’est pas banale, elle ne porte pas sur le temple, le culte, la loi… Elle porte sur la personne-même de celui qui questionne. Cette question est donc redoutable, car elle oblige à un engagement vis-à-vis de celui qui la pose. Il y a douze disciples. Onze se taisent. Un seul parle, Pierre.

Pourquoi les onze se taisent-ils ? N’ont-ils rien à répondre ? Ne savent-ils pas ou ne veulent-ils pas répondre ? Pierre seul répond. Sa réponse est précise et très juive aussi : « Le Christ de Dieu », ce qui veut dire le « messie » ou « celui qui a reçu l’onction ». Le texte de Matthieu 16 :16 dit :

« Toi, tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant »

et Jésus commente la réponse du seul Pierre :

« Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas ; car ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les Cieux ! »

Pierre ne pouvait répondre par sa naissance ou son éducation. Ce qu’il dit lui a été révélé par Dieu, par la seul grâce. Il n’y a que cette courte réponse, absolue.

Pierre a-t-il parlé au nom de tous ? Est-ce une réponse collective, une conviction partagée ? Nous n’en savons rien. En fait, ici, seule la question est importante. Elle demeure toujours d’actualité.

La réponse absolue est en Dieu. Nous pouvons la recevoir par révélation, par la foi. Notre intelligence rationnelle ne nous est d’aucun secours pour saisir cela.

La réponse relative est apportée au quotidien. C’est chaque jour que cette question doit nous être posée. La réponse d’aujourd’hui n’est pas celle de l’an passé, ni celle d’il y a dix ans.

Répéter cette question, c’est rester ouvert, en marche avec Jésus. C’est être un des onze, qui comprennent petit à petit, c’est être comme Pierre et recevoir par révélation, par la seule grâce de Dieu.




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